~~~LeS @mAnTs Papons~~ Benjamin Lacombe -suite-

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La veille de ces noces, Naoko apprend la disparition de Kamo. Elle implore son père de la laisser dire un dernier adieu à celui qu'elle a tant aimé. Il ne peut lui refuser cette ultime requête.
Sans un mot, sans verser une larme, elle revêt son kimono blanc et part se recueillir sur la tombe de son amour, traînant dans son sillage son père et Suzuki.

Un effroyable
orage s'abattait sur le cimetière. Le ciel semblait pleurer les amants déchus.
Naoko s'effondre sur la tombe de son cher Kamo et laisse enfin couler ses larmes. Soudain, dans un grondement assourdissant, la foudre déchire le ciel éventre la tombe où Naoko se précipite, corps et âme.
En un battement de cils, la pierre se referme. Un soleil radieux illumine les visages pétrifiés du père et de la servante.

Deux papillons s'échappent d'une dernière fêlure de la stèle. Ils virevoltent ensemble vers le ciel lumineux.
Naoko et Kamo s'aiment enfin, librement...

# Posté le jeudi 24 avril 2008 15:49

Modifié le lundi 28 avril 2008 05:55

~~~LeS @mAnTs Papons~~ Benjamin Lacombe -suite-

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Un matin, une missive arrive à l'école. Suzuki lui ordonne de revenir sur-le-champ. Affolée Naoko réunit ses affaires et rédige un mot à l'attention de Kamo.
Mais à peine rentrée dans son tout petit village loin de tout, Naoko apprend que son père l'a promise à un notable de la ville voisine. Elle tente bien de s'enfuir pour rejoindre Kamo, mais le piège se referme déjà sur elle et son père la retient prisonnière dans sa chambre.
Kamo de son côté, à découvert le message laissé par Naoko. Il comprend immédiatement le sens du haïku qu'elle a composé.
Mâle femelle
La grenouille peut-être
L'amoureux saura.

Le c½ur battant, il enfourche sa monture et vole vers sa bien-aimée.

Au seuil
de la porte, il est accueilli par Suzuki.
« Bonjour, servante. Je suis Kamo Mabuchi. Je viens demander la main de la douce Naoko qui m'attend.
-Naoko ne t'attend plus ! lui répond sèchement Suzuki. Elle est déjà promise et sur le point de se marier. Si tu l'aimes comme tu le dis, ne viens pas troubler son bonheur. »
Terrassé par cette cruelle nouvelle, Kamo reste sans voix. Il repart à Kyoto, le c½ur en morceaux, et meurt de chagrin peu après...
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 15:47

Modifié le lundi 28 avril 2008 05:56

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Le voyage semblait interminable. Le silence était si lourd que l'on pouvait entendre battre les ailes des papillons.
Naoko regardait défiler le paysage, les yeux pleins de larmes. Plus Kyoto approchait ; plus le ciel devenait terne. Les champs verdoyants laissaient peu à peu place à la grisaille de maison serrées les unes contre les autres.
A l'entrée de la ville, Suzuki rompt le silence :
« Naoko, mon enfant, voici l'argent prévu à ton éducation. Fais en bon usage et surtout tiens parole. Ecris-moi dès demain ! »
A ces mots, Naoko se jette dans les bras de sa fidèle servante, le regard tout embué.
Puis, Suzuki s'en va, silencieuse comme toujours.

Après avoir retiré son kimono de jeune fille et passé celui volé à son père, Naoko s'engage dans la grouillante Kyoto.
Dans les ruelles noires de monde, elle peine à se frayer un passage. Perdue dans l'immensité de la ville et de ses pensées, Naoko bouscule soudain un jeune homme.
Kamo a seize ans. Lui vient aussi d'arriver pour étudier la littérature, les mathématiques et les haïkus.
Ils deviennent rapidement bons amis et décident de faire un bout de chemin ensemble. Et, à l'école, ils choisissent de partager la même chambre.

Kamo
et Naoko apprennent à se connaître au fil des semaines.
Elle apprécie de plus en plus le temps qu'ils partagent. Les cerisiers lui semblent plus fleuris que jamais, la mangue plus sucrée et ses poèmes jusqu'alors si sombres, portent la couleur du bonheur. Naoko se sent simplement heureuse.
Kamo, lui, n'a jamais connu personne comme Naoko. Il a trouvé quelqu'un avec qui il peut partager bien plus que l'apprentissage de la littérature. Il aime surtout la liberté de son esprit, vif comme la rivière.
Ils passent souvent des soirées entières à discuter le long des bassins de nénuphars ou à observer les étoiles lors des nuits claires. Et parfois, dans un moment de folie, ils s'élancent en courant à travers les rues de la ville, chahutant et bousculant les passants, et s'arrêtent, à bout de souffle, dans un éclat de rire.
Les deus amis finissent par s'entr'aimer. Ce qui pose bien des soucis à Kamo, persuadé que Naoko est un garçon.


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# Posté le jeudi 24 avril 2008 15:43

Modifié le lundi 28 avril 2008 05:58

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Un peigne
est posé sur la coiffeuse. Naoko le glisse dans ses cheveux. Il appartenait à sa mère. Tout ici est comme un mausolée érigé à sa mémoire.
Naoko n'était pas plus haute que trois litchis lorsqu'elle est partie. Depuis ce jour funeste, où sa maman avait été vêtue du kimono blanc, Naoko ne porte plus que de la couleur, comme pour teindre sa tristesse.
Naoko sait qu'elle ne reverra pas sa maison avant bien longtemps. L'éducation d'une jeune fille dure au moins cinq années. C'est le temps nécessaire pour connaître l'art de servir du thé, de jouer du luth ou de faire danser les éventails. Et c'est surtout le temps qu'il faut pour savoir se tenir ! Car une jeune femme du monde ne doit parler, se lever, s'asseoir, sourire, presque respirer qu'au moment opportun.
Cela ne convient pas à Naoko. Ce qu'elle aime, c'est lire, écrire des poèmes, et des haïkus, rire lorsqu'elle est heureuse et pleurer lorsqu'elle est malheureuse. Mais tout cela est interdit à une jeune fille convenable.
En voyant un kimono de son père posé sur l'isho-tansu, il lui vient une idée. A Kyoto, elle se déguisera en homme et ira étudier la littérature, comme un garçon !

Mais pour réussir, Naoko a besoin de l'aide de sa fidèle servante. Suzuki est la seule qui pourrait faire le lien entre elle et son père lorsqu'elle sera à l'école. Il lui faut absolument la convaincre !
Ses bagages préparés, Naoko rejoint Suzuki.
« Suzuki, tu as toujours été une servante loyale, et même bien plus encore. Tu sais que je ne veux pas aller apprendre les bonnes manières. Je serais si malheureuse que j'en mourrais. A Kyoto, je t'en prie laisse moi. Je t'écrirai dès le lendemain de mon arrivé pour te dire où je vis.
-Mais, mademoiselle...
-Je t'en prie... » supplie Naoko, les mains jointes comme pour une prière.
Sans dire un mot, Suzuki part charger les bagages sur le palanquin pour le départ.
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 15:39

Modifié le lundi 28 avril 2008 06:01

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Naoko
a toujours vécu dans son tout petit village loin de tout : un tout petit grain de rie, dans un grand bol. Ici, rien n'a changé depuis sa naissance : ni les commerces ni la place principale où elle jouait si souvent avec sa mère et Suzuki. Elle en connaît chaque coin, chaque recoin, chaque pierre.
La fumée d'encens qui enveloppe la pièce irrite les yeux de Naoko, mais ce sont la colère et la peine qui lui troublent la vue.
« Je ne veux pas y aller, confie-t-elle à Suzuki. Cette maison et ces souvenirs, c'est tout ce qu'il me reste d'Okasan. Et voici mon cadeau d'anniversaire : c'est injuste !
-Il faut être forte Mademoiselle Naoko, essaie de la consoler Suzuki. C'est pour votre bien, vous savez. C'est difficile pour votre père depuis qu'elle nous a quittés. Et vous serez bien là-bas. Ils feront de vous une femme du monde.
-Mais je n'ai que faire d'apprendre les bonnes manières ! s'énerve Naoko en fondant en larmes. Laisse-moi seule, Suzuki. S'il te plait... »
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 15:37