Un peigne
est posé sur la coiffeuse. Naoko le glisse dans ses cheveux. Il appartenait à sa mère. Tout ici est comme un mausolée érigé à sa mémoire.
Naoko n'était pas plus haute que trois litchis lorsqu'elle est partie. Depuis ce jour funeste, où sa maman avait été vêtue du kimono blanc, Naoko ne porte plus que de la couleur, comme pour teindre sa tristesse.
Naoko sait qu'elle ne reverra pas sa maison avant bien longtemps. L'éducation d'une jeune fille dure au moins cinq années. C'est le temps nécessaire pour connaître l'art de servir du thé, de jouer du luth ou de faire danser les éventails. Et c'est surtout le temps qu'il faut pour savoir se tenir ! Car une jeune femme du monde ne doit parler, se lever, s'asseoir, sourire, presque respirer qu'au moment opportun.
Cela ne convient pas à Naoko. Ce qu'elle aime, c'est lire, écrire des poèmes, et des haïkus, rire lorsqu'elle est heureuse et pleurer lorsqu'elle est malheureuse. Mais tout cela est interdit à une jeune fille convenable.
En voyant un kimono de son père posé sur l'isho-tansu, il lui vient une idée. A Kyoto, elle se déguisera en homme et ira étudier la littérature, comme un garçon !
Mais pour réussir, Naoko a besoin de l'aide de sa fidèle servante. Suzuki est la seule qui pourrait faire le lien entre elle et son père lorsqu'elle sera à l'école. Il lui faut absolument la convaincre !
Ses bagages préparés, Naoko rejoint Suzuki.
« Suzuki, tu as toujours été une servante loyale, et même bien plus encore. Tu sais que je ne veux pas aller apprendre les bonnes manières. Je serais si malheureuse que j'en mourrais. A Kyoto, je t'en prie laisse moi. Je t'écrirai dès le lendemain de mon arrivé pour te dire où je vis.
-Mais, mademoiselle...
-Je t'en prie... » supplie Naoko, les mains jointes comme pour une prière.
Sans dire un mot, Suzuki part charger les bagages sur le palanquin pour le départ.